jeudi 8 février 2018

Tout quitter ! Voyager ! Visiter le monde !

Morgan Girardeau - Eric Guilloussou - Cestquoitonkim


Vous êtes peut être un des chanceux à l’avoir fait, peut être l’avez-vous plus simplement imaginé …

Et si en plus vous pouvez pratiquer votre passion cela commence à ressembler au bonheur, non ?

Morgan Girardeau, lui est passé du rêve à la réalité. Pendant presque 2 années il a sillonné la planète judo, passé dans des dizaines et des dizaines de dojo, chuté sur des centaines de tatamis.

Morgan a eu la gentillesse de partager avec nous une partie de son aventure. Pour en savoir plus sur lui et son incroyable aventure vous pouvez jeter un œil (et même deux) sur sa page facebook : JUDOWORLDTOUR Et son blog : http://jitayuwakyoeiwolrdtour.over-blog.com/

Voici un entretien, très particulier, qui retrace en quelques lignes un échange à deux puis à trois sur la thématique Judo. Je vous laisse lire, apprécier, découvrir et vous laisser surprendre par cet échange.

Eric pour cestquoitonkim - "Bonjour Morgan ! Et merci de répondre à mes questions. Avant de commencer, je te propose de te présenter. Peux-tu nous dire en quelques mots qui tu es pour les personnes qui ne te connaissent pas encore ?"

Morgan Girardeau - "Bonsoir Eric ! Tout d'abord, un grand MERCI de ton invitation. Pour me présenter, je dirais que je suis un jeune homme de 20 ans. 20 ans car c'est l'âge que j’avais quand j'ai reçu ma ceinture noire, après 20 premières années que je considère aujourd’hui comme initiatiques. 20 ans, c'est aussi l’âge que j’avais quand j'ai imaginé un projet. Le projet de faire un tour du monde des dojos. Du temps a passé avant que cette vision puisse se concrétiser mais aujourd’hui je peux dire que je l’ai menée à bien grâce à cette passion du judo qui m’anime depuis toutes ces années et encore aujourd’hui. Donc c'est ça ! J'ai 20 ans mais avec quelques semestres d'expérience. Malheureusement, le matin notamment, mon corps me rappelle que mes jeunes années sont belles et bien derrière moi et révolues... "

Eric pour cestquoitonkim - "Je te propose de rentrer directement dans le vif du sujet et que tu nous parles de ta "vision" comme tu dis. Une vision qui est quand même un rêve pour de nombreux judokas sur terre. Un rêve qui en ce qui te concerne a duré presque 2 ans à travers le monde quand même !"

Morgan Girardeau - "Oui et non! Je rêve depuis plus de 40 ans et ce rêve se poursuit toujours. Mon TOUR DU MONDE DU JUDO, le JUDO WORLD TOUR, cette vision fait partie intégrante de ce rêve."

Eric pour cestquoitonkim - "Comment cela ? Je ne comprend pas ?"

Morgan Girardeau - "Je t'explique... Le judo est un sport individuel mais qui nécessite la présence de partenaires pour progresser, apprendre, se remettre en question, faire chuter, chuter. En 1996, lorsque j'ai reçu ma ceinture noire, j'avais déjà goûté au plaisir de faire du judo avec de nombreux partenaires, de clubs différents, de villes différentes, de part mes études secondaires sur Châtellerault notamment. Le 6 janvier 1996, j'ai eu ce flash, cette vision. J'ai imaginé, pensé faire ce tour du monde des dojos. L'objectif était de renforcer, d'étendre cet aspect de rencontre, de partage. En allant à la rencontre de judokas, d'horizons lointains et différents, je souhaitais tester le principe énoncé par JIGORO KANO; JITA YUWA KYOEI, entraide et prospérité mutuelle. Ce principe est pour moi universel et plus que jamais d'actualité à mes yeux. En effet, les sociétés tendent de plus en plus à favoriser l'individualisme au détriment de la solidarité. Cette aventure, ce périple, on peut l'appeler comme on le veut, est donc pour moi une manière de vivre, une manière de pratiquer mon JUDO. Je n'ai jamais été et ne serai jamais champion olympique. Moi ce que j'aime, c'est l'autre et par le judo, m'amuser avec lui, selon les principes et le code moral du judo. De plus, comme j'ai toujours été tenté par l'inconnu, les vastes paysages, l'aventure, la nature, les merveilles du monde, les cultures différentes, j'ai pensé que c'était un bon moyen de concilier tout cet ensemble. Ainsi est né et s'est déroulé ce projet personnel du JUDO WORLD TOUR. Au final après 22 mois d’un bout à l’autre de la Terre, de rencontres, de partages, de connaissances, d'émotions, d’une distance parcourue équivalente à 3,5 fois le tour de la terre, avec 120 clubs visités dans 41 pays, et plus de 10000 judokas rencontrés, j'ai atteint l'objectif que je m'étais fixé. Pratiquer le judo dans tous les pays traversés. »

Eric pour cestquoitonkim - "22 mois et 41 pays et je ... (Son d’un téléphone portable). Désolé Morgan je pensais l’avoir éteint. Je disais donc 22 mois et 41 pays et je suppose que tu as posé ... (le portable sonne à nouveau). Je suis vraiment confus Morgan en plus c’est un numéro masqué ! Je suis vraiment désolé. Bon reprenons, je vais quand même finir de poser ma question !!!! Je disais donc 22 mois et 41 pays et je suppose que tu as posé ton sac au Japon. »

De nouveau le téléphone sonne... Eric pour cestquoitonkim - « Désolé Morgan, la personne insiste. Cela doit être important. Tu es d’accord pour que je prenne l'appel deux secondes?"

Morgan Girardeau - "Oui, bien sûr! Je t'en prie."

Eric pour cestquoitonkim - "Allo ! Oui ! Euh .... Oui. D’accord... Oui, oui il est à côté de moi. Ok, bien, je vous le passe..., au revoir monsieur."

- "Morgan c'est pour toi !?!..."

Morgan Girardeau - "Pour moi ??"

Eric pour cestquoitonkim - "Oui !!!"

Morgan Girardeau - "Allo ? "

La voix mystérieuse - "Allo, bonjour Morgan."

Morgan Girardeau - "Bonjour monsieur."

La voix mystérieuse - "Morgan, je suis content. J'arrive enfin à t'avoir. Dieu merci. Cela n'a pas été facile tu sais ? Avant toute chose, permet moi de te féliciter pour ce que tu as réalisé, et de le faire au nom de tous les judokas que je représente."

Morgan Girardeau - "Merci beaucoup. C’est gentil."

La voix mystérieuse - "Ce que tu as fait m'a passionné. Bravo ! J'ai adoré regarder tous les jours les photos et publications que tu mettais sur ta page Facebook. Ton blog était vraiment bien aussi. Dommage que tu n'aies pas écrit davantage dessus. Tes articles étaient emprunts de profondeur. Jamais bien lire entre les lignes »

Morgan Girardeau - "Merci beaucoup. Effectivement, vous avez raison. Facebook était ma vitrine, la photographie factuelle de mon quotidien. Le blog était plus destiné à être le support d'articles de fond, de réflexion. Malheureusement écrire ce type d’articles prend du temps. J'ai préféré consacrer ce temps à vivre pleinement chaque instant de mon périple. Je suis désolé pour toutes les personnes qui comme vous auraient peut-être espéré plus de ce support internet. Mais en parlant de cela, puis je me permettre de vous poser une question ?"

La voix mystérieuse - "Oui bien sûr !"

Morgan Girardeau - "Excusez-moi mais je n'arrive pas à reconnaître votre voix. Puis je vous demander de vous présenter ?"

La voix mystérieuse - "Plus tard, plus tard ! Parlons d'abord de toi, si tu veux bien. Quelle idée tu as eue ! Pourquoi un tel projet ? Et pourquoi le Judo ?"

Morgan Girardeau - "Le projet, comme je le disais à Eric est la réalisation d’une vision d'adolescent.

Parcourir le monde, aller à la rencontre de l'autre en pratiquant le Judo dans tous les pays traversés. Et pourquoi le judo ? Tout simplement parce que cette discipline diligente ma vie depuis ma plus tendre enfance. J’en fais depuis l’âge de 10 ans. Aujourd'hui, j’aurais tendance à dire que le Judo coule dans mes veines. Il me semble inconcevable de faire sans !"

La voix mystérieuse - "Vraiment ??? Tu penses que tu ne pourrais pas vivre sans judo ? »

Morgan Girardeau - « Je le pense en effet. Cette discipline m’a accompagné dans les bons et moins bons moments de ma vie. J’ai vécu avec elle tant d’émotions, positives et négatives. Je me suis fais tant d’amis et plus que tout, il y a tant à apprendre… Tous les jours, j’ai matière à progresser, m’améliorer, découvrir de nouvelles techniques, de nouvelles opportunités dans le sport mais aussi dans mon savoir-être, mon quotidien. »

La voix mystérieuse -« J’imagine que tu fais référence au système éducatif du Judo… »

Morgan Girardeau -« Oui, c’est çà ! Le Judo est bien plus qu’un sport. Par ses principes, les valeurs de son code moral, il métamorphose complètement un pratiquant si tant est qu’il veille en prendre conscience. J’ai assez tôt compris cela et c’est d’ailleurs pour çà que je continue encore et encore. Malheureusement tant de personnes arrêtent une fois la ceinture noire autour de la taille, voire même juste avant de l’obtenir. Ces personnes loupent le plus important. »

La voix mystérieuse -« Quoi ? »

Morgan Girardeau -« Une part du mystère. La raison de notre présence sur terre »

La voix mystérieuse -« Explique m’en plus ! Tu m’intéresses. »

Morgan Girardeau -« J’ai le sentiment que nous sommes ici pour contribuer à un monde meilleur dans la progression individuelle, le développement que l’on mène sur soi. Le JUDO permet de se remettre en question, de se relever de ses échecs, d’apprendre encore et toujours, d’être persévérant, de ne pas avoir peur de l’adversité, de la difficulté, d’y faire face avec courage. Autant de situations que l’on retrouve dans la vie de tous les jours. Nous avons la chance de mettre en pratique, par le jeu, par les valeurs du code moral, des outils qui nous aident à progresser, tout en contribuant à l’atteinte de cet idéal. Je trouve cela extraordinaire. Je suis reconnaissant envers toutes les personnes que j’ai rencontrées dans mon périple car j’ai découvert cela à mon retour lorsque j’ai commencé à réfléchir sur la raison de ce périple, sur ce que cette aventure m’avait apportée ».

La voix mystérieuse - "Tu sais, je suis vraiment content que tu dises tout cela. Je pense que tu as effectivement découvert une clef, la clef d’un grand trésor et je suis heureux que tu me l’ais indiquée aussi simplement, comme çà, au téléphone. Tu sais ? J'ai eu l'occasion de t'apercevoir quand tu es venu au Japon mais toi, tu ne m'as pas vu..."

Morgan Girardeau - "Ah bon ?!..."

- "Oui, mais ne t'inquiète pas, ce n'est pas grave"

Morgan Girardeau - "Ah bah si quand même ! Vous auriez dû venir à moi, vous présenter ! Nous aurions discuté."

La voix mystérieuse - "Ne t'inquiète pas, rien n'est jamais perdu. Comme tu le vois, nous le faisons aujourd'hui ! Et puis, ce n'est pas comme si nous ne nous étions jamais croisés. Rassures toi, nous aurons encore de nombreuses fois l'occasion de nous revoir!"

Eric pour cestquoitonkim -« Ça va Morgan ? Pas de souci ? »

Morgan Girardeau -« Oui çà va, merci mais je suis quand même intrigué. Je ne sais toujours pas qui est au bout du fil… ?! »

La voix mystérieuse -« Morgan, puis-je te poser une autre question ? »

Morgan Girardeau -« Oui d’accord mais après, pourriez vous me dire à qui j’ai affaire ? »

La voix mystérieuse -« Ne sois pas impatient. Ne t’inquiètes pas, je te le dirai »

Morgan Girardeau -« D’accord, je vous écoute. »

La voix mystérieuse -« Merci. Ma question est la suivante. De tous les types de judo que tu as pu côtoyer, y en a-t-il un qui t’a le plus marqué ? Surpris peut-être ? »

Morgan Girardeau -« C’est une question très difficile… J’ai rencontré des hommes et des femmes qui comme moi vivent le judo avec passion et je pense qu’ils font tous du mieux qu’ils peuvent. Arbitres, coachs, entraineurs, élus, présidents, professeurs, pratiquants… Le judo est globalement le même partout. Nous parlons le même langage en énonçant le nom des techniques en japonais, en pratiquant dans un lieu universel, le DOJO, en portant le même uniforme à savoir le JUDOGI avec la ceinture, en portant en nous les mêmes valeurs du code moral, en mettant en œuvre les mêmes principes, en partageant les mêmes étiquettes, avec les cérémonials du Salut notamment. Nous sommes dirigés par un SENSEI. Nous possédons la même base d’apprentissage à savoir le GOKYO, les KATAS, le RANDORI, les SHIAIS, et enfin nous avons le même grand-père, Jigoro Kano ! Nous sommes donc tous des frères et sœur du Judo. Malheureusement les moyens pour mettre en musique toutes ces notes ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre. Cela n’enlève en rien le plaisir que tous ont à pratiquer. Les contraintes financières ou d’organisation ne sont pas perceptibles sur un TATAMI. »

La voix mystérieuse -« Je vois. T’es tu senti privilégié parfois ? »

Morgan Girardeau -« Oui, notamment lorsque je suis allé dans des DOJOS dans lesquels les équipements relevaient plus du bricolage que de réelles infrastructures sportives. Nous avons une chance inouïe en France d’avoir des équipements extraordinaires. Lorsque j’entends des personnes se plaindre de la chaleur, du froid, des tatamis trop durs, du manque de climatisation, d’un Judogi abimé…, cela me fait mal au cœur. A ce titre, je tiens à saluer la revue l’Esprit du Judo et la Fédération Internationale du Judo qui par leurs actions respectives, « Dojo du monde », « Judo for the world » ouvrent des fenêtres, mettent en lumière des personnes, des clubs, des pays, en leur offrant une visibilité aux yeux du monde entier. Il existe de nombreuses autres associations et acteurs qui œuvrent pour améliorer certaines choses, soutenir des situations spécifiques. Ce sont toujours de superbes initiatives »

La voix mystérieuse -« Bien, bien ! Merci. Tu parles des lieux, des habitudes communes, des principes qui font que le JUDO est JUDO, des conditions de pratique qui diffèrent mais finalement, de ce voyage, si tu devais retenir une seule chose, quelle serait-elle ? Et est ce que cela à changé ton judo, changé ta pratique, ta façon d’aborder le judo ou encore la façon de l’enseigner ? »

Morgan Girardeau - « Partout où je suis passé, j’ai bénéficié d’une extraordinaire bienveillance. J’ai été respecté de toutes les personnes que j’ai pu croiser. Par ailleurs, une formidable chaine de l’amitié s’est créée et elle perdure encore actuellement. Au départ de mon aventure, je devais solliciter les clubs. Je devais effectuer des recherches pour trouver le DOJO qui voudrait bien m’accueillir. Au bout de la première année, les choses ont changé. J’ai bien souvent été attendu, invité et une véritable connexion de clubs s’est faite pour que je puisse continuer facilement. Les uns appelant les autres, les informant de mon projet et leur demandant s’ils pouvaient m’accueillir. Aujourd’hui je reçois souvent des messages de personnes qui désirent aller dans tel ou tel endroit et qui me demandent mes contacts. Je les leur donne avec un immense plaisir. Comme le dit le code moral, l’amitié est le plus pur des sentiments humains ! Lorsque je suis parti réaliser ce projet, j’avais déjà perçu cette belle valeur en France. Aujourd’hui je peux dire qu’elle existe chez tous les judokas du monde. Quant à mon judo, je pense qu’il s’est techniquement étoffé, surtout dans mon kumikata. En rentrant en France j’ai pu le constater avec mes anciens partenaires de club. Mais il y a surtout un élément majeur sur lequel j’ai progressé. Ayant eu l’occasion de pratiquer avec des personnes de 30 à plus de 150 kilos, je n’éprouve désormais plus aucune appréhension psychologique quant au judoka qui se présente en face de moi. Durant toute la durée de mon JUDO WORLD TOUR, je n’ai jamais refusé un seul Randori, quelque soit le niveau et le partenaire. Je pense que le déclic s’est fait à cause de cela. Pour ce qui est de ma pédagogie, il est indéniable que j’ai pu collecter un certain nombre d’outils, exercices intéressants qui ont enrichi mes propres connaissances et que je peux désormais partager. »

La voix mystérieuse -« As-tu l’impression que ce périple t’a rapproché de la forme « originelle » du judo, celle de sa création, de sa philosophie ? »

Morgan Girardeau -« Oui indéniablement, même si j’ai toujours considéré le judo comme un système éducatif global qui ne se limite pas à la compétition et au passage des ceintures. En allant sur les lieux où a vécu Jigoro Kano, j’ai ressenti une forte émotion. Un sentiment de joie, de fierté, d’honneur, de tristesse aussi. Quand j’étais au Japon, j’avais déjà vécu 11 pays et déjà, j’avais pu constater certaines disparités. D’un côté cela crée la richesse de notre discipline, et de l’autre cela montre aussi que la ligne de départ dans l’apprentissage ou la recherche de l’excellence n’est pas située au même endroit d’un état à un autre. Mais d’un autre côté, ce qui fait la force du judo c’est l’adaptabilité. Tous les judokas du monde font preuve de cette valeur et au final, sur une compétition internationale, sur des règles d’arbitrages communes, il nous arrive de voir de très belles prestations individuelles et de collectifs. Certaines nations qui pourraient être considérées comme « petites » au regard des moyens dont elles disposent, jouent parfois jeu égal avec des superpuissances économiques. J’ai ainsi en tête la Mongolie qui est désormais toujours présente sur les podiums de la scène internationale. Majlinda Kelmendi qui est une énorme championne en représentant le Kosovo, sans parler de Cuba et de toutes ses médailles féminines remportées sous le règne du coach Ronaldo Veitia. »

La voix mystérieuse -« Je te remercie grandement de tout ce que tu viens de me dire. Je me dois désormais de te préciser qui je suis… Comme je te l’ai indiqué, nous nous sommes côtoyés de nombreuses fois sur ton parcours mais pas seulement. Nous nous sommes vus aussi avant, et j’imagine que nous aurons encore l’occasion de le faire pour de très nombreuses années si la vie te permet de te maintenir en santé. Comme je te l’ai dit, j’ai pris énormément plaisir à te voir progresser, évoluer, t’amuser, tout en respectant les codes du judo, les valeurs, les principes. Tu n’en as pas fait allusion mais j’aimerais te poser une dernière question. J’aimerais échanger avec toi sur quelque chose que j’ai remarqué. Cela tient de l’attitude, de ton positionnement. Jamais tu ne t’es présenté dans un club en mettant en avant ton statut d’enseignant ni même ton grade de 5ème DAN. Pourquoi ? Plus généralement, que représentent pour toi le grade, et la notion d’enseignant, la transmission ?

Morgan Girardeau -« J’adore cette question car elle pourrait résumer à elle seule toute ma démarche. Merci de l’avoir posée. Le grade pour moi est la marque d’une étape. Une étape dans sa progression technique, dans sa connaissance du judo, la culture Judo au sens large. Mais pas uniquement… Chaque étape représente aussi une validation dans la connaissance de soi et un laissez-passer pour aller encore plus loin dans cette démarche personnelle.

Comme je vous l’ai dit, de nombreuses personnes s’arrêtent lorsqu’elles obtiennent la ceinture noire. Ces judokas ne comprennent pas que ce symbole n’est en fait que la majuscule du premier mot de la première phrase du premier chapitre de leur propre histoire. Pour imager, avant, par les ceintures de couleur, nous apprenons les lettres de l’alphabet et nous initions à la lecture. Avec la ceinture noire, nous enrichissons notre vocabulaire mais surtout nous nous donnons la possibilité d’écrire. Ecrire les pages d’un travail d’introspection, de compréhension. Essayer de répondre à cette question que tôt ou tard nous nous posons tous « Quel est le sens de mon existence ? ». Avec un certain recul, je pense qu’il y a un vrai souci dans la transmission pédagogique de la valeur de ce symbole qu’est la ceinture noire. Je pense qu’on le verbalise trop tard. Bien souvent, cette verbalisation est effectuée lors de la remise officielle suite à un schéma global prioritairement axé sur l’aspect sportif compétition de notre discipline que du système éducatif global. Allez faire comprendre à un jeune qu’un randori dans un club n’est pas un shiai… C’est compliqué et pourtant les japonais l’ont très bien compris et le mettent en œuvre tous les jours sur les tapis nippons. Combien de judokas laissent de côté le grade tout en poursuivant une carrière de compétiteur pendant de très nombreuses années ?... La ceinture noire est le premier niveau. D’ailleurs il est identifié 1er DAN.

Même si pour beaucoup, les niveaux 7 et plus sont quasi inaccessibles, il ne faut pas oublier qu’après le chiffre un d’une liste, il y a le 2, puis le 3, 4 et ainsi de suite. Ces étapes techniques accompagnent le processus de compréhension personnel que j’évoquais précédemment. Compréhension du judo bien sûr mais surtout sur le sens que l’on donne à la vie, à sa propre existence sur terre. A sa quête de vérité, à l’accès au bonheur. Comme je te l’ai dit tout à l’heure, il y a environ 3 semaines, j’ai découvert LA raison de ma présence sur terre, mon objectif de vie. Tout s’est ouvert à mon esprit comme par enchantement. Et plus j’y réfléchis, plus je me dis que je suis dans le vrai. « Contribuer à un monde meilleur dans la progression individuelle, le développement que l’on mène sur soi ». Cette notion, elle était là, sous mon nez, depuis plus de 30 ans. JITA YUWA KYOEI. Entraide et prospérité mutuelle. En plus, avec le code moral du judo, on a les clefs du succès dans la mise en œuvre de ce beau et bon principe. Aujourd’hui j’ai franchi un énorme pas psychologique. Je me suis approprié JITA YUWA KYOEI. A ma façon, ce principe coule désormais dans ma compréhension de ma vie et justifie toutes mes actions. Est-ce la seule clef du bonheur ? C’est la question que je me pose désormais mais je pense en avoir la réponse. Si je fais le parallèle, c’est aussi ce qui est indiqué dans toutes les religions. Lorsque je lis les citations de personnes célèbres qui ont réussi (John Lennon, Steve Jobs, Nelson Mandela…), il apparait aussi que toutes ont réalisé des choses extraordinaires mais ces actions ont été menées pour une cause plus grande. Leur succès n’est alors que conséquence et non but premier. Pour ce qui est de l’enseignement et de la transmission, hormis l’aspect purement technique JUDO, je pense qu’il est primordial de parler de l’importance du système éducatif et de l’expliquer. Un peu comme je viens de le faire ici. Cela peut être mené dans le cadre d’un mondo au moins une fois par semaine, par exemple. Le professeur, par sa posture, ses actes, ses propos, devient alors le référant, le guide, l’exemple, le leader. »

La voix mystérieuse -« Merci Morgan. J’ai énormément apprécié cet échange et je pense que je te dois maintenant la vérité sur qui je suis ou représente. Tu m’as aperçu dans pratiquement tous les DOJOS du monde. Tu m’as approché d’un peu plus près dans plusieurs villes du monde, Paris, Bruxelles, Berlin, Amsterdam, Varsovie, Moscou, Shanghai, Rome. Au Japon je t’ai vu à Kobé, à Tokyo, à Yokohama et surtout à Matsudo. Au revoir Morgan et bonne continuation à toi. Merci pour tout. A bientôt. »

La personne au bout du téléphone a raccroché.

Eric pour cestquoitonkim -« Alors Morgan, avec qui as-tu parlé pendant tout ce temps. Cela semblait vraiment intéressant. »

Morgan Girardeau -« C’est invraisemblable… Laisse-moi deux minutes s’il te plait afin que je puisse reprendre mes esprits… »

Eric pour cestquoitonkim -« Oui bien sûr ! »

Morgan Girardeau -« Tu ne le croiras pas… C’est au-delà de l’imagination… La personne avec qui je viens de parler ne s’est pas identifiée mais m’a donné un certain nombre d’indices pour que je puisse le deviner »

Eric pour cestquoitonkim - « Je t’écoute !!!!!! Vas-y !!! Je veux savoir !!! »

-« Attends, sois patient comme il avait tendance à le répéter… Je suis sous le choc mais je ne vois pas d’autre explication. La personne avec qui je viens de discuter n’est autre qu’un grand monsieur, le Maitre à tous, celui grâce à qui je réponds à tes questions aujourd’hui Eric… »

Eric pour cestquoitonkim -« Vas-y, c’est qui ? »

Morgan Girardeau -« Ce grand Monsieur n’est autre que le fondateur du Judo, Jigoro Kano Shihan ! ».

Ainsi se termine cet entretien « imaginaire », mais si riche avec Morgan Girardeau. Morgan nous a raconté une partie de son expérience extraordinaire qu’il a vécu au cours de ces 22 mois mais aussi comme il l’a dit son expérience de vie.

Encore une fois merci pour cet échange qui fût instructif pour moi et qui j’espère le sera aussi pour vous.

Eric Guilloussou, Morgan Girardeau.

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