jeudi 8 février 2018

Tout quitter ! Voyager ! Visiter le monde !

Morgan Girardeau - Eric Guilloussou - Cestquoitonkim


Vous êtes peut être un des chanceux à l’avoir fait, peut être l’avez-vous plus simplement imaginé …

Et si en plus vous pouvez pratiquer votre passion cela commence à ressembler au bonheur, non ?

Morgan Girardeau, lui est passé du rêve à la réalité. Pendant presque 2 années il a sillonné la planète judo, passé dans des dizaines et des dizaines de dojo, chuté sur des centaines de tatamis.

Morgan a eu la gentillesse de partager avec nous une partie de son aventure. Pour en savoir plus sur lui et son incroyable aventure vous pouvez jeter un œil (et même deux) sur sa page facebook : JUDOWORLDTOUR Et son blog : http://jitayuwakyoeiwolrdtour.over-blog.com/

Voici un entretien, très particulier, qui retrace en quelques lignes un échange à deux puis à trois sur la thématique Judo. Je vous laisse lire, apprécier, découvrir et vous laisser surprendre par cet échange.

Eric pour cestquoitonkim - "Bonjour Morgan ! Et merci de répondre à mes questions. Avant de commencer, je te propose de te présenter. Peux-tu nous dire en quelques mots qui tu es pour les personnes qui ne te connaissent pas encore ?"

Morgan Girardeau - "Bonsoir Eric ! Tout d'abord, un grand MERCI de ton invitation. Pour me présenter, je dirais que je suis un jeune homme de 20 ans. 20 ans car c'est l'âge que j’avais quand j'ai reçu ma ceinture noire, après 20 premières années que je considère aujourd’hui comme initiatiques. 20 ans, c'est aussi l’âge que j’avais quand j'ai imaginé un projet. Le projet de faire un tour du monde des dojos. Du temps a passé avant que cette vision puisse se concrétiser mais aujourd’hui je peux dire que je l’ai menée à bien grâce à cette passion du judo qui m’anime depuis toutes ces années et encore aujourd’hui. Donc c'est ça ! J'ai 20 ans mais avec quelques semestres d'expérience. Malheureusement, le matin notamment, mon corps me rappelle que mes jeunes années sont belles et bien derrière moi et révolues... "

Eric pour cestquoitonkim - "Je te propose de rentrer directement dans le vif du sujet et que tu nous parles de ta "vision" comme tu dis. Une vision qui est quand même un rêve pour de nombreux judokas sur terre. Un rêve qui en ce qui te concerne a duré presque 2 ans à travers le monde quand même !"

Morgan Girardeau - "Oui et non! Je rêve depuis plus de 40 ans et ce rêve se poursuit toujours. Mon TOUR DU MONDE DU JUDO, le JUDO WORLD TOUR, cette vision fait partie intégrante de ce rêve."

Eric pour cestquoitonkim - "Comment cela ? Je ne comprend pas ?"

Morgan Girardeau - "Je t'explique... Le judo est un sport individuel mais qui nécessite la présence de partenaires pour progresser, apprendre, se remettre en question, faire chuter, chuter. En 1996, lorsque j'ai reçu ma ceinture noire, j'avais déjà goûté au plaisir de faire du judo avec de nombreux partenaires, de clubs différents, de villes différentes, de part mes études secondaires sur Châtellerault notamment. Le 6 janvier 1996, j'ai eu ce flash, cette vision. J'ai imaginé, pensé faire ce tour du monde des dojos. L'objectif était de renforcer, d'étendre cet aspect de rencontre, de partage. En allant à la rencontre de judokas, d'horizons lointains et différents, je souhaitais tester le principe énoncé par JIGORO KANO; JITA YUWA KYOEI, entraide et prospérité mutuelle. Ce principe est pour moi universel et plus que jamais d'actualité à mes yeux. En effet, les sociétés tendent de plus en plus à favoriser l'individualisme au détriment de la solidarité. Cette aventure, ce périple, on peut l'appeler comme on le veut, est donc pour moi une manière de vivre, une manière de pratiquer mon JUDO. Je n'ai jamais été et ne serai jamais champion olympique. Moi ce que j'aime, c'est l'autre et par le judo, m'amuser avec lui, selon les principes et le code moral du judo. De plus, comme j'ai toujours été tenté par l'inconnu, les vastes paysages, l'aventure, la nature, les merveilles du monde, les cultures différentes, j'ai pensé que c'était un bon moyen de concilier tout cet ensemble. Ainsi est né et s'est déroulé ce projet personnel du JUDO WORLD TOUR. Au final après 22 mois d’un bout à l’autre de la Terre, de rencontres, de partages, de connaissances, d'émotions, d’une distance parcourue équivalente à 3,5 fois le tour de la terre, avec 120 clubs visités dans 41 pays, et plus de 10000 judokas rencontrés, j'ai atteint l'objectif que je m'étais fixé. Pratiquer le judo dans tous les pays traversés. »

Eric pour cestquoitonkim - "22 mois et 41 pays et je ... (Son d’un téléphone portable). Désolé Morgan je pensais l’avoir éteint. Je disais donc 22 mois et 41 pays et je suppose que tu as posé ... (le portable sonne à nouveau). Je suis vraiment confus Morgan en plus c’est un numéro masqué ! Je suis vraiment désolé. Bon reprenons, je vais quand même finir de poser ma question !!!! Je disais donc 22 mois et 41 pays et je suppose que tu as posé ton sac au Japon. »

De nouveau le téléphone sonne... Eric pour cestquoitonkim - « Désolé Morgan, la personne insiste. Cela doit être important. Tu es d’accord pour que je prenne l'appel deux secondes?"

Morgan Girardeau - "Oui, bien sûr! Je t'en prie."

Eric pour cestquoitonkim - "Allo ! Oui ! Euh .... Oui. D’accord... Oui, oui il est à côté de moi. Ok, bien, je vous le passe..., au revoir monsieur."

- "Morgan c'est pour toi !?!..."

Morgan Girardeau - "Pour moi ??"

Eric pour cestquoitonkim - "Oui !!!"

Morgan Girardeau - "Allo ? "

La voix mystérieuse - "Allo, bonjour Morgan."

Morgan Girardeau - "Bonjour monsieur."

La voix mystérieuse - "Morgan, je suis content. J'arrive enfin à t'avoir. Dieu merci. Cela n'a pas été facile tu sais ? Avant toute chose, permet moi de te féliciter pour ce que tu as réalisé, et de le faire au nom de tous les judokas que je représente."

Morgan Girardeau - "Merci beaucoup. C’est gentil."

La voix mystérieuse - "Ce que tu as fait m'a passionné. Bravo ! J'ai adoré regarder tous les jours les photos et publications que tu mettais sur ta page Facebook. Ton blog était vraiment bien aussi. Dommage que tu n'aies pas écrit davantage dessus. Tes articles étaient emprunts de profondeur. Jamais bien lire entre les lignes »

Morgan Girardeau - "Merci beaucoup. Effectivement, vous avez raison. Facebook était ma vitrine, la photographie factuelle de mon quotidien. Le blog était plus destiné à être le support d'articles de fond, de réflexion. Malheureusement écrire ce type d’articles prend du temps. J'ai préféré consacrer ce temps à vivre pleinement chaque instant de mon périple. Je suis désolé pour toutes les personnes qui comme vous auraient peut-être espéré plus de ce support internet. Mais en parlant de cela, puis je me permettre de vous poser une question ?"

La voix mystérieuse - "Oui bien sûr !"

Morgan Girardeau - "Excusez-moi mais je n'arrive pas à reconnaître votre voix. Puis je vous demander de vous présenter ?"

La voix mystérieuse - "Plus tard, plus tard ! Parlons d'abord de toi, si tu veux bien. Quelle idée tu as eue ! Pourquoi un tel projet ? Et pourquoi le Judo ?"

Morgan Girardeau - "Le projet, comme je le disais à Eric est la réalisation d’une vision d'adolescent.

Parcourir le monde, aller à la rencontre de l'autre en pratiquant le Judo dans tous les pays traversés. Et pourquoi le judo ? Tout simplement parce que cette discipline diligente ma vie depuis ma plus tendre enfance. J’en fais depuis l’âge de 10 ans. Aujourd'hui, j’aurais tendance à dire que le Judo coule dans mes veines. Il me semble inconcevable de faire sans !"

La voix mystérieuse - "Vraiment ??? Tu penses que tu ne pourrais pas vivre sans judo ? »

Morgan Girardeau - « Je le pense en effet. Cette discipline m’a accompagné dans les bons et moins bons moments de ma vie. J’ai vécu avec elle tant d’émotions, positives et négatives. Je me suis fais tant d’amis et plus que tout, il y a tant à apprendre… Tous les jours, j’ai matière à progresser, m’améliorer, découvrir de nouvelles techniques, de nouvelles opportunités dans le sport mais aussi dans mon savoir-être, mon quotidien. »

La voix mystérieuse -« J’imagine que tu fais référence au système éducatif du Judo… »

Morgan Girardeau -« Oui, c’est çà ! Le Judo est bien plus qu’un sport. Par ses principes, les valeurs de son code moral, il métamorphose complètement un pratiquant si tant est qu’il veille en prendre conscience. J’ai assez tôt compris cela et c’est d’ailleurs pour çà que je continue encore et encore. Malheureusement tant de personnes arrêtent une fois la ceinture noire autour de la taille, voire même juste avant de l’obtenir. Ces personnes loupent le plus important. »

La voix mystérieuse -« Quoi ? »

Morgan Girardeau -« Une part du mystère. La raison de notre présence sur terre »

La voix mystérieuse -« Explique m’en plus ! Tu m’intéresses. »

Morgan Girardeau -« J’ai le sentiment que nous sommes ici pour contribuer à un monde meilleur dans la progression individuelle, le développement que l’on mène sur soi. Le JUDO permet de se remettre en question, de se relever de ses échecs, d’apprendre encore et toujours, d’être persévérant, de ne pas avoir peur de l’adversité, de la difficulté, d’y faire face avec courage. Autant de situations que l’on retrouve dans la vie de tous les jours. Nous avons la chance de mettre en pratique, par le jeu, par les valeurs du code moral, des outils qui nous aident à progresser, tout en contribuant à l’atteinte de cet idéal. Je trouve cela extraordinaire. Je suis reconnaissant envers toutes les personnes que j’ai rencontrées dans mon périple car j’ai découvert cela à mon retour lorsque j’ai commencé à réfléchir sur la raison de ce périple, sur ce que cette aventure m’avait apportée ».

La voix mystérieuse - "Tu sais, je suis vraiment content que tu dises tout cela. Je pense que tu as effectivement découvert une clef, la clef d’un grand trésor et je suis heureux que tu me l’ais indiquée aussi simplement, comme çà, au téléphone. Tu sais ? J'ai eu l'occasion de t'apercevoir quand tu es venu au Japon mais toi, tu ne m'as pas vu..."

Morgan Girardeau - "Ah bon ?!..."

- "Oui, mais ne t'inquiète pas, ce n'est pas grave"

Morgan Girardeau - "Ah bah si quand même ! Vous auriez dû venir à moi, vous présenter ! Nous aurions discuté."

La voix mystérieuse - "Ne t'inquiète pas, rien n'est jamais perdu. Comme tu le vois, nous le faisons aujourd'hui ! Et puis, ce n'est pas comme si nous ne nous étions jamais croisés. Rassures toi, nous aurons encore de nombreuses fois l'occasion de nous revoir!"

Eric pour cestquoitonkim -« Ça va Morgan ? Pas de souci ? »

Morgan Girardeau -« Oui çà va, merci mais je suis quand même intrigué. Je ne sais toujours pas qui est au bout du fil… ?! »

La voix mystérieuse -« Morgan, puis-je te poser une autre question ? »

Morgan Girardeau -« Oui d’accord mais après, pourriez vous me dire à qui j’ai affaire ? »

La voix mystérieuse -« Ne sois pas impatient. Ne t’inquiètes pas, je te le dirai »

Morgan Girardeau -« D’accord, je vous écoute. »

La voix mystérieuse -« Merci. Ma question est la suivante. De tous les types de judo que tu as pu côtoyer, y en a-t-il un qui t’a le plus marqué ? Surpris peut-être ? »

Morgan Girardeau -« C’est une question très difficile… J’ai rencontré des hommes et des femmes qui comme moi vivent le judo avec passion et je pense qu’ils font tous du mieux qu’ils peuvent. Arbitres, coachs, entraineurs, élus, présidents, professeurs, pratiquants… Le judo est globalement le même partout. Nous parlons le même langage en énonçant le nom des techniques en japonais, en pratiquant dans un lieu universel, le DOJO, en portant le même uniforme à savoir le JUDOGI avec la ceinture, en portant en nous les mêmes valeurs du code moral, en mettant en œuvre les mêmes principes, en partageant les mêmes étiquettes, avec les cérémonials du Salut notamment. Nous sommes dirigés par un SENSEI. Nous possédons la même base d’apprentissage à savoir le GOKYO, les KATAS, le RANDORI, les SHIAIS, et enfin nous avons le même grand-père, Jigoro Kano ! Nous sommes donc tous des frères et sœur du Judo. Malheureusement les moyens pour mettre en musique toutes ces notes ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre. Cela n’enlève en rien le plaisir que tous ont à pratiquer. Les contraintes financières ou d’organisation ne sont pas perceptibles sur un TATAMI. »

La voix mystérieuse -« Je vois. T’es tu senti privilégié parfois ? »

Morgan Girardeau -« Oui, notamment lorsque je suis allé dans des DOJOS dans lesquels les équipements relevaient plus du bricolage que de réelles infrastructures sportives. Nous avons une chance inouïe en France d’avoir des équipements extraordinaires. Lorsque j’entends des personnes se plaindre de la chaleur, du froid, des tatamis trop durs, du manque de climatisation, d’un Judogi abimé…, cela me fait mal au cœur. A ce titre, je tiens à saluer la revue l’Esprit du Judo et la Fédération Internationale du Judo qui par leurs actions respectives, « Dojo du monde », « Judo for the world » ouvrent des fenêtres, mettent en lumière des personnes, des clubs, des pays, en leur offrant une visibilité aux yeux du monde entier. Il existe de nombreuses autres associations et acteurs qui œuvrent pour améliorer certaines choses, soutenir des situations spécifiques. Ce sont toujours de superbes initiatives »

La voix mystérieuse -« Bien, bien ! Merci. Tu parles des lieux, des habitudes communes, des principes qui font que le JUDO est JUDO, des conditions de pratique qui diffèrent mais finalement, de ce voyage, si tu devais retenir une seule chose, quelle serait-elle ? Et est ce que cela à changé ton judo, changé ta pratique, ta façon d’aborder le judo ou encore la façon de l’enseigner ? »

Morgan Girardeau - « Partout où je suis passé, j’ai bénéficié d’une extraordinaire bienveillance. J’ai été respecté de toutes les personnes que j’ai pu croiser. Par ailleurs, une formidable chaine de l’amitié s’est créée et elle perdure encore actuellement. Au départ de mon aventure, je devais solliciter les clubs. Je devais effectuer des recherches pour trouver le DOJO qui voudrait bien m’accueillir. Au bout de la première année, les choses ont changé. J’ai bien souvent été attendu, invité et une véritable connexion de clubs s’est faite pour que je puisse continuer facilement. Les uns appelant les autres, les informant de mon projet et leur demandant s’ils pouvaient m’accueillir. Aujourd’hui je reçois souvent des messages de personnes qui désirent aller dans tel ou tel endroit et qui me demandent mes contacts. Je les leur donne avec un immense plaisir. Comme le dit le code moral, l’amitié est le plus pur des sentiments humains ! Lorsque je suis parti réaliser ce projet, j’avais déjà perçu cette belle valeur en France. Aujourd’hui je peux dire qu’elle existe chez tous les judokas du monde. Quant à mon judo, je pense qu’il s’est techniquement étoffé, surtout dans mon kumikata. En rentrant en France j’ai pu le constater avec mes anciens partenaires de club. Mais il y a surtout un élément majeur sur lequel j’ai progressé. Ayant eu l’occasion de pratiquer avec des personnes de 30 à plus de 150 kilos, je n’éprouve désormais plus aucune appréhension psychologique quant au judoka qui se présente en face de moi. Durant toute la durée de mon JUDO WORLD TOUR, je n’ai jamais refusé un seul Randori, quelque soit le niveau et le partenaire. Je pense que le déclic s’est fait à cause de cela. Pour ce qui est de ma pédagogie, il est indéniable que j’ai pu collecter un certain nombre d’outils, exercices intéressants qui ont enrichi mes propres connaissances et que je peux désormais partager. »

La voix mystérieuse -« As-tu l’impression que ce périple t’a rapproché de la forme « originelle » du judo, celle de sa création, de sa philosophie ? »

Morgan Girardeau -« Oui indéniablement, même si j’ai toujours considéré le judo comme un système éducatif global qui ne se limite pas à la compétition et au passage des ceintures. En allant sur les lieux où a vécu Jigoro Kano, j’ai ressenti une forte émotion. Un sentiment de joie, de fierté, d’honneur, de tristesse aussi. Quand j’étais au Japon, j’avais déjà vécu 11 pays et déjà, j’avais pu constater certaines disparités. D’un côté cela crée la richesse de notre discipline, et de l’autre cela montre aussi que la ligne de départ dans l’apprentissage ou la recherche de l’excellence n’est pas située au même endroit d’un état à un autre. Mais d’un autre côté, ce qui fait la force du judo c’est l’adaptabilité. Tous les judokas du monde font preuve de cette valeur et au final, sur une compétition internationale, sur des règles d’arbitrages communes, il nous arrive de voir de très belles prestations individuelles et de collectifs. Certaines nations qui pourraient être considérées comme « petites » au regard des moyens dont elles disposent, jouent parfois jeu égal avec des superpuissances économiques. J’ai ainsi en tête la Mongolie qui est désormais toujours présente sur les podiums de la scène internationale. Majlinda Kelmendi qui est une énorme championne en représentant le Kosovo, sans parler de Cuba et de toutes ses médailles féminines remportées sous le règne du coach Ronaldo Veitia. »

La voix mystérieuse -« Je te remercie grandement de tout ce que tu viens de me dire. Je me dois désormais de te préciser qui je suis… Comme je te l’ai indiqué, nous nous sommes côtoyés de nombreuses fois sur ton parcours mais pas seulement. Nous nous sommes vus aussi avant, et j’imagine que nous aurons encore l’occasion de le faire pour de très nombreuses années si la vie te permet de te maintenir en santé. Comme je te l’ai dit, j’ai pris énormément plaisir à te voir progresser, évoluer, t’amuser, tout en respectant les codes du judo, les valeurs, les principes. Tu n’en as pas fait allusion mais j’aimerais te poser une dernière question. J’aimerais échanger avec toi sur quelque chose que j’ai remarqué. Cela tient de l’attitude, de ton positionnement. Jamais tu ne t’es présenté dans un club en mettant en avant ton statut d’enseignant ni même ton grade de 5ème DAN. Pourquoi ? Plus généralement, que représentent pour toi le grade, et la notion d’enseignant, la transmission ?

Morgan Girardeau -« J’adore cette question car elle pourrait résumer à elle seule toute ma démarche. Merci de l’avoir posée. Le grade pour moi est la marque d’une étape. Une étape dans sa progression technique, dans sa connaissance du judo, la culture Judo au sens large. Mais pas uniquement… Chaque étape représente aussi une validation dans la connaissance de soi et un laissez-passer pour aller encore plus loin dans cette démarche personnelle.

Comme je vous l’ai dit, de nombreuses personnes s’arrêtent lorsqu’elles obtiennent la ceinture noire. Ces judokas ne comprennent pas que ce symbole n’est en fait que la majuscule du premier mot de la première phrase du premier chapitre de leur propre histoire. Pour imager, avant, par les ceintures de couleur, nous apprenons les lettres de l’alphabet et nous initions à la lecture. Avec la ceinture noire, nous enrichissons notre vocabulaire mais surtout nous nous donnons la possibilité d’écrire. Ecrire les pages d’un travail d’introspection, de compréhension. Essayer de répondre à cette question que tôt ou tard nous nous posons tous « Quel est le sens de mon existence ? ». Avec un certain recul, je pense qu’il y a un vrai souci dans la transmission pédagogique de la valeur de ce symbole qu’est la ceinture noire. Je pense qu’on le verbalise trop tard. Bien souvent, cette verbalisation est effectuée lors de la remise officielle suite à un schéma global prioritairement axé sur l’aspect sportif compétition de notre discipline que du système éducatif global. Allez faire comprendre à un jeune qu’un randori dans un club n’est pas un shiai… C’est compliqué et pourtant les japonais l’ont très bien compris et le mettent en œuvre tous les jours sur les tapis nippons. Combien de judokas laissent de côté le grade tout en poursuivant une carrière de compétiteur pendant de très nombreuses années ?... La ceinture noire est le premier niveau. D’ailleurs il est identifié 1er DAN.

Même si pour beaucoup, les niveaux 7 et plus sont quasi inaccessibles, il ne faut pas oublier qu’après le chiffre un d’une liste, il y a le 2, puis le 3, 4 et ainsi de suite. Ces étapes techniques accompagnent le processus de compréhension personnel que j’évoquais précédemment. Compréhension du judo bien sûr mais surtout sur le sens que l’on donne à la vie, à sa propre existence sur terre. A sa quête de vérité, à l’accès au bonheur. Comme je te l’ai dit tout à l’heure, il y a environ 3 semaines, j’ai découvert LA raison de ma présence sur terre, mon objectif de vie. Tout s’est ouvert à mon esprit comme par enchantement. Et plus j’y réfléchis, plus je me dis que je suis dans le vrai. « Contribuer à un monde meilleur dans la progression individuelle, le développement que l’on mène sur soi ». Cette notion, elle était là, sous mon nez, depuis plus de 30 ans. JITA YUWA KYOEI. Entraide et prospérité mutuelle. En plus, avec le code moral du judo, on a les clefs du succès dans la mise en œuvre de ce beau et bon principe. Aujourd’hui j’ai franchi un énorme pas psychologique. Je me suis approprié JITA YUWA KYOEI. A ma façon, ce principe coule désormais dans ma compréhension de ma vie et justifie toutes mes actions. Est-ce la seule clef du bonheur ? C’est la question que je me pose désormais mais je pense en avoir la réponse. Si je fais le parallèle, c’est aussi ce qui est indiqué dans toutes les religions. Lorsque je lis les citations de personnes célèbres qui ont réussi (John Lennon, Steve Jobs, Nelson Mandela…), il apparait aussi que toutes ont réalisé des choses extraordinaires mais ces actions ont été menées pour une cause plus grande. Leur succès n’est alors que conséquence et non but premier. Pour ce qui est de l’enseignement et de la transmission, hormis l’aspect purement technique JUDO, je pense qu’il est primordial de parler de l’importance du système éducatif et de l’expliquer. Un peu comme je viens de le faire ici. Cela peut être mené dans le cadre d’un mondo au moins une fois par semaine, par exemple. Le professeur, par sa posture, ses actes, ses propos, devient alors le référant, le guide, l’exemple, le leader. »

La voix mystérieuse -« Merci Morgan. J’ai énormément apprécié cet échange et je pense que je te dois maintenant la vérité sur qui je suis ou représente. Tu m’as aperçu dans pratiquement tous les DOJOS du monde. Tu m’as approché d’un peu plus près dans plusieurs villes du monde, Paris, Bruxelles, Berlin, Amsterdam, Varsovie, Moscou, Shanghai, Rome. Au Japon je t’ai vu à Kobé, à Tokyo, à Yokohama et surtout à Matsudo. Au revoir Morgan et bonne continuation à toi. Merci pour tout. A bientôt. »

La personne au bout du téléphone a raccroché.

Eric pour cestquoitonkim -« Alors Morgan, avec qui as-tu parlé pendant tout ce temps. Cela semblait vraiment intéressant. »

Morgan Girardeau -« C’est invraisemblable… Laisse-moi deux minutes s’il te plait afin que je puisse reprendre mes esprits… »

Eric pour cestquoitonkim -« Oui bien sûr ! »

Morgan Girardeau -« Tu ne le croiras pas… C’est au-delà de l’imagination… La personne avec qui je viens de parler ne s’est pas identifiée mais m’a donné un certain nombre d’indices pour que je puisse le deviner »

Eric pour cestquoitonkim - « Je t’écoute !!!!!! Vas-y !!! Je veux savoir !!! »

-« Attends, sois patient comme il avait tendance à le répéter… Je suis sous le choc mais je ne vois pas d’autre explication. La personne avec qui je viens de discuter n’est autre qu’un grand monsieur, le Maitre à tous, celui grâce à qui je réponds à tes questions aujourd’hui Eric… »

Eric pour cestquoitonkim -« Vas-y, c’est qui ? »

Morgan Girardeau -« Ce grand Monsieur n’est autre que le fondateur du Judo, Jigoro Kano Shihan ! ».

Ainsi se termine cet entretien « imaginaire », mais si riche avec Morgan Girardeau. Morgan nous a raconté une partie de son expérience extraordinaire qu’il a vécu au cours de ces 22 mois mais aussi comme il l’a dit son expérience de vie.

Encore une fois merci pour cet échange qui fût instructif pour moi et qui j’espère le sera aussi pour vous.

Eric Guilloussou, Morgan Girardeau.

lundi 5 février 2018

Préparation mentale : les apports pour un judoka en 11 points

Préparation mentale - Cristina Piccin - Cestquoitonkim


Depuis quelques années une nouvelle composante de la performance trouve sa place dans la programmation et l'entraînement des sportifs de haut niveau notamment des judokas : la préparation mentale (appelée aussi coaching mental). Dans les sports d'équipe comme dans les disciplines individuelles de nombreux athlètes ont recours à l'aide d'un préparateur mental ou d'un psychologue du sport afin d'optimiser leur performance sportive ou résoudre des difficultés de concentration, de motivation, de confiance en soi, etc. La préparation mentale c’est quoi ?

« C'est la préparation à la compétition par un apprentissage d'habiletés mentale et d'habiletés d'organisation, et dont le but principal est d'optimiser la performance personnelle de l'athlète, tout en promouvant le plaisir de la pratique et en favorisant l'atteinte de l'autonomie ». (Fournier, INSEP). Autrement dit c'est amener le sportif ou l'équipe à être prêt mentalement pour atteindre ses objectifs de résultat, mais aussi de travail dans sa pratique sportive. Il s'agit de lui permettre de pouvoir s'exprimer dans les conditions mentales optimales pour réussir lors des rendez-vous plus importants. Comme vous pouvez l'imaginer ceci est un travail très large, qui va toucher beaucoup d'aspects de la performance : d'habiletés mentales, organisationnelles et relationnelles, tout en restant dans le domaine de la psychologie du sport.

La préparation mentale est un éléments souvent négligé par les athlètes, les entraineurs ou les équipes. Cependant il n'est pas rare d’entendre lors des compétitions et des rendez-vous important « il n'a pas le mental » ou encore « c'est dans la tete que ça se passe » , « il a craqué mentalement ». Des phrases courantes, mais qui ne sont presque jamais réellement accompagnées par un travail structuré et rigoureux comme on le ferait pour les autres composantes de la performance. Oui, parce que la préparation mentale est un entrainement structuré et défini, de la même manière que la préparation technique et physique. Il y a des répétitions à faire et des automatismes à intégrer ! Ce n'est pas magique !

Revenons au judo... quelles seraient donc les apports de la préparation mentale pour un judoka en dix points ?

1/ Controler les pensées, les attitudes et les comportements facilitateurs ou débilitants à l'entrainement et en compétition

Avant d'être des sportifs de haut niveau, les judokas sont eux aussi des êtres humains. Et comme pour tout être humain il est naturel de stresser ! C'est une émotion de base qui nous caractérise depuis la nuit des temps, bien que les « stresseurs » ont changé depuis. Cet état de stress se relie à des pensées, des comportements ou des attitudes automatiques qui nous « emportent » dans le futur ou dans le présent.

En judo souvent il arrive pendant les premiers combat d'envisager déjà la demi finale ou la finale, tout en oubliant de combattre le premier combat, ou encore de se voir déjà victorieux (ou perdant) pendant le randori au lieu de se focaliser sur l'action en soi. Un exemple pourrait être aussi, lors du randori, le shido pris qui nous mets la pression, ou le wazari dans l'action précédente, ou encore connaître (ou ne pas connaître du tout) l'adversaire que l'on va rencontrer, tout en déclenchant un grand cercle vicieux. Et j'en passe... penser c'est l'activité préférée de notre cerveau !

Ce qui fait la différence entre un combattant qui est fort mentalement et celui qui l'est moins est la capacité à gérer cet état qui normalement n'est pas habituel. Certains athlètes ont même parlé d'une « anxiété positive », c'est-à-dire qu'il se sont sentis stressés et ont réussi, cependant, à transformer toutes ces émotions que l'on pourrait évaluer comme débilitantes, en pure essence pour faire face au combat.

Or comment ceci est-il faisable ?

Différentes techniques sont utilisées par les préparateurs mentaux et avec le votre vous trouverez la plus adéquate à votre personnalité et à vos besoins. Certains utilisent la relaxation, les ancrages et les switchs (le switch consiste à passer d’un état mental inadapté à la performance ou au bien-être à un état mental favorable au résultat recherché), la cohérence cardiaque ou les différents types de respirations, les monologues internes, les techniques de méditation, etc. et notamment la fixation d'objectifs de maîtrise. Il est intéressant de noter que le stress qu'un judoka vit à l'entrainement peut être de nature différente que celui qu’il vivra en compétition. Il peut aussi stresser en compétition et pas à l'entraînement ou vice versa... Le stress est souvent la pointe de l'iceberg du magnifique, mais complexe, système mental !

2/ Atteindre un niveau d'activation optimal lors des compétitions et les randoris

Ce point est lié au précédent, puisque s'il est important de gérer les pensées négatives et perturbatrices, les comportements et les attitudes automatiques, il est primordial aussi de savoir repérer les signaux de notre corps qui nous indiquent l'état que l'on souhaite avoir/ne pas avoir avant une performance. Si on est trop activé à cause du stress, de la pression, ou même de la «rage de gagner » ou à l'inverse on est trop mou et calme, peut être nous n'allons pas combattre dans les meilleures des conditions. Il ne s'agit pas seulement d'activation musculaire (que l'on « démarre » avec l'échauffement), mais aussi d'activation physiologique et psychologique, c'est à dire d'avoir une vigilance optimale pour le randori qui impose des perceptions kinesthésiques, visuelles et tactiles importantes.

3/ Améliorer la confiance en soi, notamment dans les situation de défi

Comme dans tous les sports, mais d'autant plus dans un sport de combat comme le judo qui voit s'affronter deux athlètes sur un tapis, la confiance en soi est un élément de base pour atteindre la performance optimale. Souvent un problème de confiance en soi est rencontré par les judokas, dont on peut affirmer que c'est l’une des causes de l'arrêt d'une carrière, suite à une succession d'échecs par exemple.

Or, la confiance en soi et dans ses capacité n'est pas un élément définitif et constant. Le parcours d'un judoka a des hauts et des bas... de même sa confiance ! Il est important de comprendre (avec l'aide d'un préparateur mental ou un psychologue du sport) comment il sera possible de résoudre un système de croyances limitantes, ou la présence d'un blocage, afin d'entrainer ensuite les techniques spécifiques à l'individu.

Dans le judo, il arrive souvent d'entendre des athlètes affirmer « j'ai toujours un mauvais tableau » ou « avec les gauchers je n'y arrive pas » ou encore « si je change de catégorie je vais tout perdre », etc. Dès fois, il s'agit aussi de blocages implicites dont l'athlète n'a pas encore pris conscience, ainsi l'aide d'un professionnel du mental sera utile ! Ensuite le judoka pourra s'entrainer avec des « tâches » demandées par le coach mental, des répétitions en visualisation, etc.

4/ Entraîner la concentration et l' « être présent » lors du combat

Le judo demande un grand effort de concentration, mais en même temps une focalisation étroite et d'autres pas si étroite ! (en psychologie il existe 4 types différents de focalisation de l’attention: celle tournée vers soi recherchant une solution tactique = interne/large, celle tournée vers soi recherchant des sensations kinésthésiques=interne/etroite, celle permettant de percevoir les informations=externe/large, et celle que l’on utilise pour fixer un point précis= externe/etroite). En étant moi même judokate de haut niveau, j'ai vécu le dilemme de cette prise d'information. Mais ce qui fait la différence entre un débutant et un expert n'est pas la quantité d'informations, mais leur qualité, c’est à dire leur pertinence !

Autrement dit, le judoka expert ne prend pas tout en considération, mais après avoir automatisé la présence de certaines perceptions (notamment kinésthésiques), il filtre les utiles parmi toutes les informations négligeables et bien évidemment inconsciemment ! Cette automaticité dans l’action et dans la perception nécessite un bon état mental (aux niveau des émotions, de l’activation et de la vigilance) du judoka pendant le combat pour qu’il saisissent les bon moments, les bon mouvements et les opportunités.

Comment la préparation mentale peut-elle être un avantage pour la concentration ?

Premièrement, en tant que prise d'information des signaux externes, elle entraine la focalisation attentionnelle, c'est-à-dire que vous allez entrainer par exemple votre focalisation sur une saisie en particulier en droitier ou en gaucher, ou la position en droitier/gaucher extrême (position très décallée en meme garde) lors d'un combat, vous allez vous focaliser sur la manche de votre adversaire qui va monter en haut pour ne pas lui permettre de prendre la garde, ou encore vous allez vous focaliser sur un détail spécifique de la technique que vous allez faire et qui est déterminant dans l'évaluation de votre score (ippon ou waza ari), etc. Cette capacité de concentration sera aussi très utile lors des apprentissages des techniques et de séquences. Comme vous le savez les gymnases des compétitions sont très bruyants et certains judokas ne le gèrent pas si bien... donc il est intéressant de développer la concentration également au niveau auditif.

Deuxièmement les exercices de concentration sont très important aussi lors de la préparation physique, les entraînements ou les compétitions pour repérer l'apparition des signaux internes du judoka : les sensations physiques positives que vous pouvez ensuite renforcer, les sensations physiques négatives dont il serait mieux ne pas prendre en compte, etc..

5/ Gestion de l'énergie et de récupération, notamment entre les entraînements et les périodes de régime

Le judo fait partie de ce groupe de sports qui demandent malheureusement un grand et déplaisant sacrifice... celui du régime. Il est important que la perte de poids soit faite de façon équilibrée et intelligente.

Les sportifs ont besoin de récupérer entre les entraînements (2 par jours généralement en haut niveau judo) et d'autant plus lors des périodes de régime. Le préparateur mental peut apprendre au judoka les outils et les techniques mentales qui ont comme but la récupération et la détente mentale. Divers études en neurologie ont démontré l'efficacité de la visualisation et ils existent des vraies réactions et améliorations au niveau physique grâce au travail mental.

6/ Préparer la compétition avec des routines individuelles qui optimisent la préparation à l'action

L'objectif final d'un parcours en préparation mentale est, pour la plupart du temps, de réussir à construire une routine avant et pendant la compétition pour que le judoka mette en place toutes les actions, les pensées et les attitudes qui lui permettront d'atteindre sa performance optimale le jour J.

Mais attention... il y a une différence entre rite et routine ! La routine pré-compétitive est quelque chose de réfléchi et structuré, bien construite à l'avance. Le rite est plus un geste, un mot qui se lient plutot à la superstition par exemple, sans une vrai “préfabrication” en amont. Or beaucoup de champions ont développé inconsciemment leur routine, comme on le voit durant les grand événements. En effet si on les questionne sur la raison de ces gestes ou attitudes, ils vont nous expliquer la raison de ces gestes qui leur fait atteindre l'état idéal compétif. Toutefois il n'est pas interdit d'avoir des rites tout simple!

7/ Prendre du recul, gestion de l'échec, pour mieux rebondir grâce à une analyse de sa propre pratique

Le « lacher prise » et prendre du recul après une défaite lors d'une compétition afin de mieux rebondir sans se faire prendre par la colère ou la tristesse ou la peur est le meilleur moyen pour continuer lors des repêchages (dans la même compétition) ou les tournois futurs. Ceci permet d'analyser les erreurs techniques et de les corriger avec l'entraineur. Ici la préparation mentale peut aider à reproduire un état émotif adéquat à cette démarche pour bien gérer les émotions débilitantes. Il est, aussi, intéressant de faire remarquer la différence entre la violence et l'agressivité au judoka, car souvent ceci n'est pas très clair dans l'esprit du combattant, mais cela peut faire la différence.

8/ Améliorer la communication, la cohésion et le rapport avec l'entraineur et les autres

Le judo est un sport individuel, mais on s'entraine tous les jours avec d'autres judokas ! Ceci requiert une bonne entente et un environnement favorable au travail, même si nos partenaires de randori deviennent nos adversaires pendant 5 minutes. La cohésion avec l'équipe est primordial pour maintenir un niveau de motivation élevé, car souvent les judokas passent plusieurs heures d'entrainements, de voyages et de stages ensemble.

En outre le rapport entraîneur/judoka joue un rôle important dans l'optimisation de la performance, car le premier doit connaître les fonctionnements, les habitudes et les besoins du deuxième en ayant ainsi une sorte de posture de leader qui accompagnera le sportif sur le tatami lors des compétitions. À ce moment là il vaut mieux que l'athlète ait pleine confiance dans la figure de l'entraîneur et soit en harmonie avec lui.

La préparation mentale peut aider sur ces différentes dynamiques qui, parfois, peuvent être des causes de la démotivation ou amotivation, de manque de concentration ou encore de confiance pour le judoka, mais aussi pour l'entraîneur.

9/ Gestion de l'après carrière sportive

La vie sportive est remplie d'émotions, de temps de partage, d'expériences négatives et positives puissantes qui alimentent le quotidien des judokas de haut niveau. Rentrer dans l'arène, mener une vie différente qui nous identifie dans la société, visiter différents pays, faire partie d'un groupe spécifique... mais quand tout s'arrête après une grosse blessure, ou en fin de carrière, il n'est pas rare de constater (si on envisage le pire) des phénomènes de dépression, ou d'abus d'alcool et autres. L'accompagnement en préparation mentale aide les athlètes à organiser la reconversion ou le double projet professionnel, à prendre du recul et à gérer toutes les pensées et les émotions liées à cette période.

10 / Gestion de la blessure et de la réathlétisation :

En dépit d’un apprentissage à savoir chuter au judo on peut tout de même se blesser ! Ainsi quand les blessures arrivent dans le parcours des judokas, il n'est jamais facile d'y faire face. Mais à l’instar d’une chute on se relève, le combattant après une blessure apprend à rebondir. La préparation mentale permet d’accompagner une personne durant la période de réathlétisation et de récupération de différentes manières :

  • en trouvant les facteurs qui ont causé la blessure
  • en relativisant et en planifiant les conséquences
  • en prévoyant et en mettant en place de nouveaux objectifs à court terme
  • en étant acteur de sa propre réathlétisation
  • en accélérant les temps de récupération
  • en sortant du cercle vicieux de l'accumulation des blessures
  • en accélérant la réathlétisation et les apprentissages des mouvements grâce à l'imagerie motrice

Mais avant tout :

11/ La préparation mentale est une connaissance de soi, une prise de conscience, une « maturation » pas seulement en sport mais aussi dans la vie

Ce onzième point est un élément clé de la préparation mentale, en étant un accompagnement qui vise à l'autonomie de l'athlète. En étant judoka de haut niveau et en ayant fait un parcours en préparation mentale avant de devenir moi même préparatrice mental, je me suis rendue compte rapidement que tout ce que j'avais appris lors de mon parcours m'avait aidé aussi dans la vie quotidienne et professionnel.

Le sport de haut niveau construit des individus « expérimentés des émotions », de même la préparation mentale aide les sportifs à devenir plus indépendants sur le plan psychologique, à mieux connaître ses propres fonctionnements individuels et à les accepter. De cette manière ils pourront s'améliorer et avancer dans le judo mais aussi dans la vie, car le le premier est un peu la métaphore de la seconde.

Cristina PICCIN
Judoka Haut-Niveau et Préparateur Mental

vendredi 15 décembre 2017

Interview Bishop, le judoka ceinture noire de la vanne

Bishop - Humour - Judo - Cestquoitonkim



David du blog www.cestquoitonkim.com : Salut Bishop ! Tu viens de quitter ton job il y a quelques mois pour devenir humoriste. Gros challenge ! Question judo tu as pratiqué pendant 22 ans si je me réfère à ton sketch. Avant d’en apprendre plus sur toi, je te propose de jeter un œil à ton passage au théâtre du Gymnase et on revient à toi juste après :





David du blog www.cestquoitonkim.com : Bishop maintenant qu’on a un aperçu de ce que tu proposes sur scène peux tu nous raconter ton histoire avec le judo ?

Bishop : J’ai pas mal bougé et changé de club. C’est d’abord une histoire de famille. Ma mère en avait fait, mon père aussi. Quand je me suis inscrit petit, après mes deux parents s’y sont remis et ma sœur s’est inscrite l’année d’après. J’ai commencé le judo dans un tout petit club familiale a La Queue en Brie, puis à l'âge de 13 ans ou 14 ans je suis allé à Sucy en Brie. Là ! Je me suis confronté pour la première fois à un club “compète”.

J’ai, ensuite, déménagé dans le 93 et j’ai continué à Epinay sur Seine. J’ai failli arrêter cette année là. Il n’y avait pas grande monde. Du coup, l’année d’après mon père m’a dit “bon fait un cours d’essai au COMA” un club à Argenteuil où lui même en avait fait étant jeune. J’ai essayé et là j’ai kiffé c’était un club compète et il y avait un prof - un vrai fou - et un groupe de 8-10 judoka qui faisaient de la compète. On s’entrainait 2 fois par semaines dans notre club et le reste de la semaine on tournait et on allait dans des clubs dans toutes l’Ile de France (Persan, le RCF, ACBB, …) et là j’ai vraiment découvert la compète : entraînement 5 fois par semaines, régimes, compètes tous les week-end, stage pendant les vacances, … les plus belles années de ma vie.

Après tout ça j’ai été au Racing Club de France, j’ai commencé à avoir un niveau sympa avec des résultats : une 3ème place au championnat de France Militaire, et une médaille d’argent au championnat de France universitaire par équipe. J’étais titulaire dans ma caté en -81 et c’est moi qui perd le dernier combat de la finale. On perd 3-2 mon plus grand regret de Judoka. 

Par la suite je me fais les croisées en compète. Au total 5 opérations des genoux dont 2 fois les ligaments croisées. J’ai repris les études et le taff donc j’ai arrêté progressivement le judo… Puis les changements de règles ont achevé ma motivation. J’avais deux spéciaux Kata et Ura Nage, bah maintenant c’est fini pour Kata… et surtout pour moi ces nouvelles règles sont une aberration. Donc après 22 ans de Judo j’ai arrêté, mais le judo fait parti de moi.

David du blog www.cestquoitonkim.com : Et en dehors du judo ?

Bishop : Bah déjà le judo c’est une grande partie de moi après sinon en plus du judo j’ai 2 autres passions. Le cinéma , je suis un grand cinéphile j’adore surtout les films américains des années 80/90 qui ont bercé mon enfance. La deuxième c’est de faire rire, j’ai toujours fait le con. J’ai toujours cherché à faire rire, que ce soit, en cours, au boulot, au judo, en soirée… et durant toutes mes études j’ai toujours gardé dans un coin de ma tête mon idée de tenter ma chance en tant qu’humoriste. Mais je voulais finir mes études m’assurer un diplôme et de l’expérience dans un domaine qui me permette de me tester en tant qu’humoriste pendant 2 ans et de pouvoir retrouver un taff si cela ne fonctionnait pas.

David du blog www.cestquoitonkim.com : Entre nous, c’était facile de tout laisser tomber pour te lancer en tant qu’humoriste ?

Bishop : Alors non c’est pas facile, je savais que je voulais le faire mais je ne savais pas quand ni comment … et un jour ça a été le déclic. Mais depuis ce jour je n’ai jamais douté j’ai su que je voulais le faire, une fois que j’avais enclenché la démarche, j’ai foncé. Maintenant on verra en espérant que cela fonctionne.

David du blog www.cestquoitonkim.com : C’était quoi le déclic ?

Bishop : J’ai changé de boite, et quand je suis arrivé le poste n’était pas ce pourquoi j’étais venu. Et là j’ai eu un déclic, de me dire bon c’est le moment.

David du blog www.cestquoitonkim.com : François Xavier de Maison qui a quitté son job pour la scène avec le succès qu’on connaît, pour toi, c’est un modèle ? Et en général tu as des humoristes qui t'inspirent ?

Bishop : Oui son parcours est super et j’aimerais avoir une carrière comme la sienne. Après j’ai pas de modèle, je fais mon truc mais je sais que mon parcours sera très différents. Je n’ai jamais fait de théâtre, je ne me considère pas comme un artiste. Je pense que je suis simplement un mec qui peut faire rire. Je sais que dans la vie privée j’y arrive, le plus difficile c’est d’arriver à trouver son créneau, son humour…

Après les humoristes qui m’inspirent le premier qui me vient à l’idée c’est Laurent Baffie, je le trouve exceptionnel et j’aimerais vraiment avoir son sens de la vannes. Le timing est toujours parfait et surtout très bien dosé. Sinon j’adore les inconnus et ce qui me fascine c’est que quelque soit le sujet, tous leurs sketchs sont toujours aussi actuels.

David du blog www.cestquoitonkim.com : Concernant la scène c’est toi qui écris tes textes et qui mets en scène ou tu es accompagné ?

Bishop : Alors jusque là j’écrivais tout seul, pareil pour la mise en scène. Maintenant je bosse avec une personne qui m’aide sur la mise en scène et sur la méthodo mais après 100% de vannes sont tirés d’histoire vraies. Des fois j’en rajoute ou je réorganise un peu le texte pour que ce soit cohérent et que ça se suive correctement. Je m’inspire d’amis a moi ou des histoires qu’ils me racontent. Mais je suis honnête, je ne m'approprie pas leur blague. En générale je dis que ce n’est pas de moi j’explique que c’est un pote qui me l’a sorti ou autre… Je pars du principe qu’il faut toujours rendre à César ce qui est à César.

David du blog www.cestquoitonkim.com : Le judo ça t’apporte quelque chose dans ton nouveau métier d'humoriste ?

Bishop : Je pense que le Judo m’a façonné, a façonné mon caractère. Et surtout le fait de ne pas avoir peur de l’échec. Toujours se relever recommencer jusqu'à y arriver. j’en ai pris des boite j’avais pas peur de tomber par contre je me relevais tout le temps. Après j’ai aussi beaucoup appris des blessures, y’a toujours pire dans la vie…

David du blog www.cestquoitonkim.com : Tu m’as parlé d’un passage au Jamel Comedy Club, tu peux m’en dire un peu plus.

Bishop : Et bien le mardi 7 Novembre (2017) j’ai fait mon premier passage à la scène ouverte JCC. Ca c’est très bien passé donc normalement je devrais refaire un passage début 2018. Sinon à coté de ça je fais des scènes ouvertes régulièrement sur Paris. Donc n’hésitez pas a venir rigoler en live :)

David du blog www.cestquoitonkim.com : Si tu avais un conseil à donner à un judoka qui souhaiterait se lancer comme toi dans l’aventure de la scène se serait quoi ?

Bishop : De préparer ses arrières un maximum, c’est un secteur très compliqué. D’avoir des objectifs à court terme. D’y aller a fond et de vraiment se donner les moyens

David du blog www.cestquoitonkim.com : As tu une question qu’on ne t’a jamais posé et à laquelle tu aimerais répondre ?

Bishop : Je vais être honnête c’est ma première interview je te propose que tu me refasses une interview dans quelques temps si je cartonne et la je te dirais la question que j’aimerais qu’on me pose. Ah si attend j’en ai une “as tu des projets en dehors du stand up?

David du blog www.cestquoitonkim.com : Quel serait ta réponse ?

Bishop : Et bien depuis début octobre je suis chroniqueur dans une émission de Webradio qui s’appelle “Remet le Son / Coupe le son” sur VL-media.fr tous les mercredis soirs de 20h à 22h et c’est notamment via cette émission que j’ai fait la vidéo de battle Pole Dance VS Judo… Mon but sur cette émission est d’intervenir en disant des conneries durant l’émission et de réaliser des petites vidéos marrantes qu’on diffusera sur les réseaux sociaux.




David du blog www.cestquoitonkim.com : Un dernier mot pour les lecteurs du blog ?

Bishop : Hésitez pas a liker ma Fan Page sur Facebook (cliquez ici pour accéder à son FB) à regarder mes vidéos et a venir me dire ce que vous en pensez… j’ai besoin du retour des spectateurs pour progresser. Et pour ceux qui le peuvent venir me voir quand je joue.

samedi 9 décembre 2017

Entraîner autrement : avis sur le livre de Franck BELLARD


Par Marie REGO
maman de deux judokas et impliqué dans le club des arts martiaux pays de la mossig (site web : ampm-judo / facebook : Arts martiaux du Pays de la Mossig).


Mention du blog : cet article fait l'objet d'un partenariat avec les éditions @mphora. Marie a eu carte blanche pour écrire son avis sur le livre Entraîner autrement de Franck BELLARD et la maison d'édition a eu connaissance de son opinion avant publication pour pouvoir, le cas échéant, faire valoir un droit de réponse. Bonne lecture !


Épanouissement du judoka, la clé ?

Le cheminement de cet homme - Franck BELLARD - est significatif, il est passé par toutes les étapes d'une vie d'un sportif : de jeune et prometteur en devenir à athlète confirmé jusqu'à coach et responsable de la réussite de ses protégés (et son chemin n'est probablement pas terminé).

Ce livre aborde un questionnement sur la méthode et les moyens pour se dépasser avec efficacité d'abord pour soi puis pour les autres.

Il présente l'analyse d'un cheminement personnel avec des anecdotes (très amusantes parfois) et une manière de motiver et d'encourager autrement selon la vision de l'auteur, d'un point de vu de l’élève puis d’entraîneur avec toutes les contraintes que nécessite le haut niveau.

Un parcours de vie, des choix, Franck BELLARD se définit comme un capitaine de navire qui guide sans force avec subtilité. Est ce la clé ? Pour certain peut être...

Un athlète, un judoka en l’occurrence qui veux poursuivre le haut niveau, se construit avec de l’entraînement, du travail, une hygiène de vie, de la motivation et surtout, thème de ce livre, un relationnel tout particulier avec son entraîneur. Ce dernier devra trouver sa place sans en faire trop...ou trop peu.

Ce livre pourra intéresser non seulement l’entraîneur ou l'athlète mais aussi les parents, les supporters grâce à des croquis ludiques, des questions-réponses, des entretiens avec les élèves et des renvois à d'autres auteurs ou sportifs.

La force de cet ouvrage de mon avis personnel est le vécu de Franck BELLARD et son exploration des méthodes pour avoir un échange optimal entraîneur/élèves et ainsi pouvoir avancer et construire ! Il met un point d'honneur à ceci !

Pour ma part, ce livre m'a aidé a mieux comprendre la relation entraîneur/entrainé, tout ce que cela implique et la place que ça prend dans la vie d'un sportif au delà de sa vie de famille.

Le sport est un investissement personnel qui se construit mais pas seul... parents, entraîneurs, partenaires d’entraînement …. et de judo en particulier !

Un bel ouvrage distrayant qui propose des clés ! (pas de bras );)

Bonne lecture !!!

Marie Rego


Droit de réponse signé par l'auteur himself Franck BELLARD :

Que répondre, si ce n'est merci d'avoir apprécié mon travail !