dimanche 28 mars 2021

Judogi : quand Jigoro parle à Kano

 


Un judogi de qualité c’est quoi ? Comment le reconnaître ? 

C'est le sujet de ce tout 1er rendez-vous d' "entrevue à l'aveugle". Deux personnes échanges autour d'un thème durant quelques jours. A la fin de l'échange chaque personne doit tenter de deviner qui est l'autre. Et vous aussi tentez de deviner. Indiquez, vos pistes, en commentaires (je dois les valider pour qu'ils apparaissent). Les noms des personnes seront dévoilés lors du prochain rendez-vous d'entrevue à l'aveugle. En attendant, ces personnes utiliserons les pseudo Jigoro et Kano.

Un grand merci à ces deux personnes de s'être prêté au jeu de cette toute première entrevue à l'aveugle. J'espère que vous apprécierez ce tout nouveau concept. 

 
Jigoro:
Enchanté de faire ta connaissance Kano. Merci David de m’avoir sollicité pour ce sujet qui rythme mon quotidien de sportif quand je peux pratiquer… La qualité d’un judogi est un vaste sujet passionnant. Comme nous démarrons cet échange à titre personnel je vais d’abord te partager ma vision du premier judogi qui m’a marqué dans ma carrière de judoka. Je m’en souviens très bien je l’ai eu en 1988 alors que j’étais cadet. Il s’agit d’un Dan Roh très en vogue à l’époque et surtout porté par la majorité des combattants du sport étude proche de mon club. L’idée de porter le même judogi que les “stars” locales me donnait aussi confiance pour aborder les compétitions. Les règlements de l’époque étaient plus larges sur les prises de manche. Ma veste avait donc été retouchée pour être ajustée à mon avant bras et la manche était ainsi difficilement saisissable à l’époque. Ce qui était vrai à l’époque l’est encore aujourd’hui, quelque soit le judogi il est important d’être en confiance dans sa tenue et son taillant. Cette confiance s’acquiert parce que le produit a fait ses preuves auprès de combattants auxquels on peut s’identifier (stars du club, du département, de la catégorie ou autre peu importe). C’est une première analyse que j’étofferai au fur et à mesure de nos échanges en parlant de mon deuxième judogi qui m’a marqué.

Kano:
Enchanté également. Bien entendu, j'ai débuté avec du décathlon, comme la plupart des jeunes. Mais rapidement, mon petit dojo de campagne avait un contact dans une petite boutique du centre-ville qui faisait de l'importation du Japon, et j'ai pu en acheter un plus confortable. Il était démarqué, impossible de savoir d'où il venait, mais la coupe et la qualité étaient largement au-dessus de ce que l'on trouve chez les grands équipementiers de sport. Déjà, il était beaucoup plus agréable à porter, plus doux, plus souple sur l'intérieur. Les manches étaient mieux coupés, on pouvait lever les bras sans se déshabiller. Tout le vêtement respirait la qualité, tant visuellement (belle couleur blanche, belles coutures, belle coupe), qu'au niveau des sensations dans la pratique. De la même manière que "Jigoro", mon premier Judogi était donc une recommandation de mes camarades et enseignants. Pour moi, le problème a toujours été la taille. Je suis plutôt mince en comparaison du Judoka moyen, et les tailles classiques ont toujours été trop grandes. Mais à l'époque, pas vraiment le choix, il fallait faire avec. Il n'y avait pas de vente en ligne d'import du Japon, et pas de sur mesure en France. Par la suite, ma conversion au matériel japonais de qualité m'a permis de tester de nombreuses marques et de me faire une idée assez précise de la qualité. Pour "teaser" la suite de l'échange, je peux déjà dire que pour moi, la qualité va parfois paradoxalement contre les attentes des pratiquants.
 
Jigoro : 
Merci pour ce retour Kano. très intéressant à lire et 100% en phase avec toi sur le côté coupe qui doit convenir au pratiquant pour se sentir bien. Je vais donc maintenant enchaîner avec un deuxième kim qui m’a marqué, à savoir un Noris Equipe Excellence. A l’époque je prenais plaisir à tirer en équipe avec mes potos d’enfance et j’avais un peu l’impression d’avoir le bon produit pour mon usage. J’imagine que le grammage de l’époque était autour de 900 gr/m² et les manches étaient encore bien ajustées à mon avant bras. J’ai gardé ce Judogi pendant des années. Je me souviens l’avoir acheté début des années 90 dans un magasin spécialisé proche de mon logement étudiant. Je l’ai même remis il y a 3 ans quand je m’entrainais dans un club de JJB où les exigences kim étaient moins fortes que sur nos tatamis de judo. Les cols étaient tellement usés qu’on pouvait voir les composants à l’intérieur du revers. Que de souvenirs avec ce judogi!!! Il me tarde maintenant de lire l’attente décalée de Kano concernant la qualité de son kim!

Kano:
J'aime les vieilles vestes usées dont on voit l'intérieur du col. Je les trouve même plus confortables à porter ! Mon second Judogi de qualité fut une marque japonaise appelée Iwata. Iwata est un peu à l'origine du matériel de Judo, ce que j'ai appris plus tard, car la marque était associée avec l'atelier qui faisait les Judogi de Kano lui-même. Le logo de la marque a été dessiné par Kano d'ailleurs. Depuis, ils ne font presque plus que du matériel d'Aikido... et ils n'ont pas suivi les évolutions des normes, donc leurs produits ne sont utilisables qu'en Judo loisir. C'était le modèle le plus lourd et le plus cher de la marque, autour des 800 ou 900g je pense. J'ai été très surpris par la souplesse incroyable de la veste, et... la facilité à la saisir. C'est là que j'ai compris qu'à part à un certain niveau de compétition, au Japon, les vestes étaient plus souples, justement pour faciliter la saisie, et pour pousser à un Judo plus technique (ce qui a d'ailleurs était la logique de l'IJF ces dernières années). J'ai appris que faire des vestes rêches et difficiles à saisir est en fait très facile, et que faire des vestes souples était beaucoup plus difficile et nécessitait un coton de bien meilleure qualité. C'est en cela que je pense que la qualité n'est pas toujours en cohérence avec les attentes des pratiquants. En tout cas, pas dans la logique japonaise, où il faut en fait redescendre un peu en gamme pour avoir une veste rigide plus difficile à saisir ! C'était il y a 15 ans, et ce fut mon dernier Judogi lourd. Je suis ensuite passé sur des choses plus légères, et je n'ai plus pratiqué que le Judo technique, ne nécessitant pas de veste lourde.

Jigoro :
La semaine touche à sa fin et je me suis régalé en découvrant le dernier message de Kano. Je me suis régalé car je sens que Kano est aussi un passionné du beau produit et qu’il sait apprécier le travail bien fait et la recherche du composant parfait. (Oui on pourrait rêver d’un judogi avec un fil peigné d’Egypte produit au Japon sur mesure) Je me suis régalé car je le rejoins sur une pratique plus souple et ouverte du judo ou le judogi recherché est un produit confortable donc pas forcément lourd et insaisissable. Actuellement je tourne essentiellement avec 2 types de judogis. L’un autour des 990 gr/m² sur le grain de riz qui en fait un pur judogi pour les compétiteurs de niveau national. Il n’est pas homologué IJF évidemment du fait de son poids mais peut-être porté à toutes les compétitions organisées par la FFJDA jusqu’aux France D1. C’est le Judo 900 de Outshock (marque des sports de combat chez Décathlon) que David a d’ailleurs testé il y a 2 ans. Mais je préfère m’entrainer comme Kano avec une veste autour des 500 gr/m² sur le grain de riz notamment quand les séances sont dures (il faut avouer qu’une séance de judo comme on les aime est souvent dure) . Un kim trempé c’est lourd surtout quand il fait très chaud (je sens qu’on va d’ailleurs reprendre le judo cet été et qu’on va souvent s’entrainer quand il fait 30°C) . A 550 gr/m² on privilégie le confort pendant l'entraînement, le sentiment d’être plus léger sont à mon sens 2 gros avantages et la encore mon judogi est aussi un produit de chez Décathlon le Judo 500. Certes les saisie en kumi kata de mon partenaire sont facilitées mais est ce vraiment un problème? Quoiqu’il en soit je souhaite plein de bonheur sur les tatamis à mon accolyte épistolaire de la semaine. Amicalement à tous les lecteurs de Cestquoitonkim.

Kano:
Toutes mes excuses pour cette conclusion un tout petit peu tardive pour cause de weekend déconnecté. Ce dernier retour est très intéressant. On sent le Judoka qui a évolué dans sa pratique avec l'âge et qui passe donc sur un Judo plus technique. N'ayant jamais été compétiteur moi-même, je n'ai jamais eu besoin de Judogi très lourd et insaisissable, et j'ai toujours eu du mal à apprécier ces "armures". Mais je comprends bien les attentes des compétiteurs en la matière. Pour ne pas me dévoiler trop tôt, j'ai esquivé la question de la pratique. Je vais dévoiler quelques détails qui faciliteront un peu la dernière étape de cet échange. Je n'ai pratiqué le Judo que deux ans, mais je suis dans le Budo depuis plus de 20 ans, avec l'Aikido et un peu avec le Kendo également. C'est ce qui explique mon attirance pour les vestes légères. Malheureusement, je ne pense pas avoir découvert l'identité de mon interlocuteur. Quoi qu'il en soit, merci à l'inconnu qui s'est prêté au jeu pour cet échange original et intéressant. Bon courage en ces temps difficiles, et tout le meilleur pour la reprise plus tard cette année.

David du blog cestquoitonkim : 
L'échange touche donc à sa fin, je vous invite à tenter de deviner avec qui vous avez échangé.
 
Jigoro :
Je ne sais pas mais ce qui est sûr c’est que c’est un passionné et que j’aimerai partager un entrainement avec lui dès que possible.

Kano :
J'ai pensé à Fabrice BOUVART, mais l'âge ne colle pas à quelques années près, je pense. Donc je ne sais pas. De la même manière, j’aurai grand plaisir à rencontrer mon interlocuteur, même si je pense qu’un éventuel entraînement ensemble n’aurait pas la forme qu’il imagine !

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